06.12.2009

Logement social : est-ce une bonne idée de tout concentrer au même endroit ?

"Il faut évidemment faire du logement social, mais est-ce une bonne idée de tout concentrer au même endroit?" A cette question de bons sens, formulée par une jeune femme lors de la réunion de concertation sur la modification des plans du futur quartier Clichy-Batignolles, personne au sein de l'équipe du Maire de Paris n'a su répondre. Si on laisse de côté le discours moralisateur et il faut le dire plutôt condescendant d'Anne Hidalgo expliquant que le logement social "est nécessaire pour loger les pauvres", ce que personne ne nie, la principale raison du projet de construction de 10 tours de logements sociaux de 50m semble être le manque de place sur la ZAC, généré par la venue de la Cité Judiciaire. Ainsi 3000 logements seront construits là où, sur un espace beaucoup plus large, 3500 étaient prévus au départ: la densification et donc l'élévation des bâtiments est dès lors inévitable.. Tout cela sans se préoccuper de l'impact négatif et prouvé qu'un tel aménagement peut avoir sur de nombreux plans.
Ce qui était frappant également, c'était la différence entre le professionnalisme des magistrats et hauts fonctionnaires venus présenter les projets immobiliers du TGI et de la PJ et le manque de préparation de l'équipe municipale. A tel point que les photos des futurs immeubles qui nous furent présentées s'avérèrent être celles d'immeubles d'une hauteur tout à fait normale ! Ce qui fut immédiatement relevé par Brigitte Kuster, dont la vigilance sur ce dossier est - à juste titre - extrême.
On ne peut s'empêcher, devant une telle situation, d'évoquer une éventuelle intervention de l'Etat dans un but (a minima) de concertation. A l'heure où le président de la République confie la responsabilité à Christian Blanc de la concertation nécessaire entre l'Etat et les élus  pour l'aménagement de tout le secteur concerné par l'EPAD, l'idée vient immédiatement à l'esprit que l'aménagement de ce nouveau quartier de Paris sur lequel le désaccord entre les élus locaux est profond, en mérite bien autant !

02.12.2009

Grand Paris: démarrer rapidement

Le projet de loi sur le Grand Paris adopté en première lecture, Christian Blanc, balayant les critiques par l'action, dévoile sans attendre son plan en matière d'urbanisme et se prépare à le mettre immédiatement en oeuvre, souhaitant "pouvoir démarrer et démarrer rapidement".
On découvre ainsi qu'un appel d'offres d'études urbanistiques a été remporté par l'équipe allemande de Finn Geipel et de Giulia Andi - l'un des dix cabinets consultés par Nicolas Sarkozy -, pour l'aménagement des communes d'Aulnay-sous-Bois, Clichy-sous-Bois, Montfermeil et Sevran (Seine-Saint-Denis). Une information confirmée par le maire de Sevran, Stéphane Gatignon, tête de liste départementale d'Europe Ecologie aux régionales, qui se réjouit du « travail de cette équipe sur le développement durable ». Pour l'aménagement du plateau de Saclay, c'est le paysagiste Michel Desvignes qui a été retenu. Des appels d'offres sur deux autres territoires sont sur le point d'être lancés.
Ceci est à mettre en perspective avec les critiques récentes de Jean Nouvel qui n'étaient manifestement pas justifiées. Sans parler des autres, résumant le projet à un grand huit, ou s'inquiétant de l'amélioration de l'existant soi-disant non-prise en compte.
La page du pré-projet est en train de se tourner. Christian Blanc, concentré sur les échéances et le fond du projet a beaucoup travaillé, ignorant le plus souvent les critiques et poursuivant, sans publicité particulière, ses consultations des acteurs socio-économiques et des élus.
Il est un des rares aujourd'hui à avoir à la fois une vision prospective sur l'avenir de la région capitale et la capacité de piloter sa mise en oeuvre: nous allons maintenant redécouvrir l'homme d'action qui a fait ses preuves par le passé, en Nouvelle Calédonie, à Air France et à la RATP. Le projet de loi du Grand Paris est l'outil qui lui permettra de concrétiser cette vision afin d'éviter que dans 10 ans, ayant paré uniquement au plus pressé, comme le demandent certains, nous nous retrouvions dans la même situation qu'aujourd'hui, voire pire.

27.11.2009

Faut-il des tours de logements sociaux de 50m aux Batignolles ?

Depuis que Bertrand Delanoë a fait sauter, en juillet 2008, le verrou des 37 m, ouvrant la voie à des projets d'immeubles d'habitation grimpant jusqu'à 50 m et à des tours commerciales de plus de 150 m, le débat sur les tours est relancé avec vigueur à Paris. Six portes de la capitale doivent accueillir de vastes ensembles architecturaux : les secteurs Porte de Versailles , Masséna-Bruneseau, Porte de Bercy, Porte de Montreuil, Porte de la Chapelle et Batignolles.

Qu'en est-il des  réalisations passées ? Voici deux exemples:

- Les Orgues de Flandre qui sont un ensemble de bâtiments d'habitation construites dans le 19e arrondissement entre 1974 et 1980. Il s'agit de quatre tours enre 90 et 120m de haut faites de logements en copropriété, au milieu d'un ensemble de logements sociaux de 6 ha composé de plusieurs bâtiments de 15 étages et des quatre tours .Environ 12 000 habitants y vivent.
La cité fait partie de l'une des cités les plus sensibles de la capitale.

- Les Olympiades quartier qui se situe au sud du 13e arrondissement, à proximité de la porte d’Ivry. Sa superficie est de 27 ha et il regroupe 18500 habitants. La plupart des tours ont été construites avant 1981, avec 45 % de logements sociaux, ce qui est une proportion très importante, comparativement à l’ensemble des secteurs de la politique de la Ville. Les indicateurs sociaux-économiques (confort,taux de chômage,allocataires RMI, retard des élèves )sont dans la moyenne, voire pour certains légèrement meilleurs que dans d'autres quartiers.
Mais force est de constater que ce quartier est aujourd'hui fortement ghettoïsé.


Comment sont programmés les projets en cours? Voici un exemple significatif:

- Le quartier Masséna "futur quartier latin de l'Est parisien" dont l'architecte coordonnateur est Christian de Portzamparc, accueillera un pôle universitaire et est singularisé par la présence de bâtiments industriels qui sont conservés ( Grands Moulins de Paris,anciens entrepôts frigorifiques de la SNCF). Pour arriver à proposer en quelques mois ce que la cité met habituellement des années à tisser, cette complexité nourrie de contrastes qui la rend plus vivante, Christian de Portzamparc se situe à l'opposé d'un parti pris d'uniformité, privilégiant la diversité, la nécessité des contrastes, le passage du grand au petit, l'alternance du régulier et du singulier. "Dans cette juxtaposition d'îlots ouverts au regard, les constructions aux hauteurs variables s'articulent autour de cours et de jardins pour toujours laisser pénétrer la lumière en leur milieu.Le découpage des ilôts confèrant à l'ensemble une intimité égale à celle que l'on peut retrouver dans les faubourgs parisiens." (texte repris sur le site de la Ville).

Pas question, dans ce projet, d'une dizaine de tours de logement sociaux de 50m ! On prône au contraire "une intimité égale à celle que l'on peut retrouver dans les faubourgs parisiens".

Au vu de ces trois exemples, passés et présent, une réflexion en forme d'interrogation coule de source: quelle mouche a piqué le Maire de Paris lorsqu'il a lancé ce projet de 10 tours de logements sociaux de 50m de haut aux Batignolles ??
Car à l'évidence, ce qui est inadmissible et incohérent, dans ce projet , ce n'est pas tant l'aspect architectural, certainement discutable , que les problèmes de ghettoïsation et/ou d'insécurité qu'entraînera immanquablement, au vu des expériences des dernières décennies, la construction d'un quartier entier d'immeubles de logements sociaux de grande hauteur.

Il est encore tant de changer d'avis!

Ne répétons pas, aux Batignolles, pour des questions de principe, les erreurs du passé . Ce serait faire porter aux générations futures le poids d'un sectarisme d'une autre époque !